
Plus les temps sont difficiles et meilleur il fait s’évader dans le jardin. Pourquoi ne pas composer un décor végétal qui s’inspire de l’image paradisiaque du monde véhiculée par certaines cartes postales ?
Exprimer l’exotisme dans un jardin, c’est d’abord dépayser. Sur un plan linguistique ou botanique, un mirabellier est tout aussi exotique planté sur la Côte d’Azur qu’un Trachycarpus trônant en plein Paris ! Mais sur le plan visuel, ce dernier paraîtra plus « exotique » car son aspect se distingue de celui de la végétation indigène en général. Créer de l’exotisme, c’est aussi étonner. Dans une approche tropicale du sujet, des plantes imposantes, une végétation luxuriante, des feuillages opulents, vont évoquer le foisonnement plantureux et désordonné de la forêt primaire: bananier, Fatsia, fougère arborescente, Gunnera, Tetrapanax, etc.
De grands palmistes multipliants (Dypsis lutescens) ont été plantés pour l’été dans un endroit abrité, avec leur bac dissimulé par les « dunes » de sable. Ils évoquent, à leur échelle, des cocotiers, dont l’exotisme est renforcé par les fougères arborescentes.
Les structures translucides en Corian, résine créée par DuPont, s’harmonisent avec le feuillage graphique des Agave attenuata et du Dasylirion acrotriche dans une ambiance quasi désertique. (Paysagiste : Philip Nash)
Dans une acception plus sobre, mais tout aussi désarmante, l’exotisme peut évoquer les zones désertiques peuplées de plante succulentes, dont la structure très graphique s’accorde bien dans les décors contemporains.
La mode de l’exotisme au jardin, qui s’est traduite, de manière très basique, par l’engouement pour les plantes méditerranéennes (olivier, agrumes, néflier du Japon, bougainvillée, arbousier, ciste, etc.), est sans doute partiellement inspirée par l’amalgame primaire et le raccourci facile entre réchauffement climatique et végétation subtropicale. Un jardin n’ayant rien par essence d’un écosystème, on peut y accueillir des plantes venant de divers continents et y reconstituer une nature déplacée, au sens propre et au figuré.
Les plantes de climat tropical ne pouvant assurer qu’un court séjour estival dans le jardin, l’astuce consiste à associer l’aspect exotique à la rusticité. Pas de problème avec les bambous dont de nombreuses espèces résistent à -20 °C ou même le palmier Trachycarpus exelsa qui supporte -18 °C sans mal, comme le jasmin étoilé (Trachelospermum). Mais attention, la notion de rusticité, c’est-à-dire de résistance aux conditions climatiques locales, est à manier avec beaucoup de précaution. La partie basse d’un jardin est toujours plus froide que le haut. Les plantes supportent mieux à une forte gelée dans un sol sec. Une exposition au vent génère une sensation de froid accrue et fragilise dont les espèces frileuses.
“L’exotisme est tout ce qui est autre. En jouir est apprendre à déguster le divers.”
(Victor Segalen. Équipée)

Un jardin des Côtes d’Armor a rassemblé une collection riche et variée de plantes originaires des quatre coins de la planète. Bien que nous soyons en Bretagne, la palette présentée privilégie des espèces qui apprécient une faible humidité, voire même la sécheresse. Mais d’épais rideaux de verdure protégeant bien des embruns, l’endroit est tout compte fait assez peu arrosé. Hormis les cactées qui sont abritées en fin de saison pour ne pas souffrir des fortes précipitations hivernales, toutes les plantes restent en pleine terre, bénéficiant du sol très poreux et acide de l’endroit. La croissance reste toutefois modérée en raison du manque chronique d’ensoleillement et des températures qui restent moyennes toute l’année.
<<< Yucca ‘Bright Star’
Ce nouveau cultivar (Walbristar) découvert en Angleterre en 2000 forme une touffe assez compacte de 1 m de diamètre. Il se distingue par son feuillage panaché très lumineux qui fait merveille en plein soleil dans un sol léger. Très rustique..
>>> Poncirus trifoliata
Appelé parfois « citron du Nord », cet agrume forme un arbrisseau très épineux aux feuilles semi-persistantes lorsque l’hiver est doux. Mais il résiste à -20 °C ! Les fruits ne sont pas consommables.
<<< Agave attenuata
Originaire du Mexique, cette succulente se comporte très bien dans les régions littorales si elle est plantée en plein soleil dans un sol caillouteux. Rusticité : -8 °C.
De grands palmistes multipliants (Dypsis lutescens) ont été plantés pour l’été dans un endroit abrité, avec leur bac dissimulé par les « dunes » de sable. Ils évoquent, à leur échelle, des cocotiers, dont l’exotisme est renforcé par les fougères arborescentes.
Cet étonnant massif vu dans un jardin de la région du Cap en Afrique du Sud pourrait parfaitement être réalisé sur la Côte d’Azur, car ces deux endroits bénéficient d’un climat méditerranéen. La scène est dominée par divers Encephalartos, proches parents des cycas et typiquement africains. Les plus grands sont des Encephalartos altensteinii. Le feuillage bleuté appartient à Encephalartos horridus, dont les feuilles, qui atteignent 1m de haut sont très fortement épineuses. Pour le plein soleil, en sol très bien drainé.
Dans un jardin du Midi, Butia capitata aux palmes glauques forme une composition très moderne avec le feuillage argenté des Astelia chathamica ‘Silver Spear’. Rusticité -12 °C.
Il a suffi d’associer dans ce massif, des blackboys australiens (Xanthorrhoea glauca) et un sagou du Japon (Cycas revoluta), pour obtenir un effet exotique dû à la nature insolite des plantes utilisées. Le cycas, apparu au Permien, il y a 280 millions d’années, est considéré comme une espèce primitive antérieure aux conifères. Succulente australienne, le blackboy est apparu il y a 400 millions d’années. Il doit son nom populaire à sa résistance aux feux de brousse, qui couvrent son stipe de suie noire. De croissance exceptionnellement lente (1,2 cm par an), il résiste à -5 °C environ.

Bien que l’on ait l’impression d’être au bout du monde avec les immenses épis bleus des vipérines des Canaries et les nombreuses plantes exotiques, ce jardin est situé dans l’île de Guernesey, à deux pas des côtes françaises. La végétation profite de la douceur climatique apportée par le Gulfstream et d’une exposition très favorable sur un talus orienté en pleine lumière. Parmi les plantes les plus insolites, le pescadillo (Furcraea longaeva) est un cousin des agaves qui vient des régions d’altitude du Mexique, ce qui lui permet de tolérer des gels modérés. Originaires d’Afrique du Sud, les gros buissons d’euryops fleurissent quasiment toute l’année et supportent l’hiver, car le sol est très bien drainé. (Paysagiste Jane Russell)
<<< Acca sellowiana (feijoa)
Appelé aussi « goyavier du Brésil », cet arbuste persistant donne des fruits comestibles dans les régions hors gel.
<<< Echium pininana 'Pink Fountain'
Ne dépassant guère 2,50m de haut, l’inflorescence de ce cultivar se caractérise par son coloris rose vif très décoratif.
Ce petit jardin francilien a peint ses éléments de structure dans le bleu intense qui a fait la célébrité du jardin marocain du peintre Louis Majorelle. Cette couleur renforce bien l’intensité du feuillage des palmiers (Trachycarpus et Chamaerops), le tout étant illuminé par la profusion multicolore des bougainvilliers. Ces derniers seront rentrés en hiver.
Ce généreux massif, vu au jardin botanique de Vauville dans la Manche, s’appuie sur un bosquet de Cordyline australis complété par les touffes compactes et dressées des lins de Nouvelle-Zélande (Phormium tenax) qui dépassent 2 m de haut. Au premier plan, une bordure d’agapanthes, vivaces rhizomateuses sud-africaines qui fleurissent en été.
Sur un fond de bananier, Cordyline et fougère arborescente, les fleurs roses des Crinum x powellii, apportent une note tendre et déjà peu commune. Mais c’est l’inflorescence étoilée du lotus d’or (Musella lasiocarpa), qui dépayse totalement. Cette plante chinoise, voisine des bananiers, forme une touffe de longues feuilles un peu glauques. La fleur, qui persiste plusieurs mois sur la plante, apparaît uniquement sur les sujets matures. Résistance au froid : -8 °C. Sol riche.
Baigné par le Gulfstream qui adoucit le climat, le jardin exotique de Roscoff accueille une profusion de vipérines des Canaries (Echium pininana). Cette étonnante bisannuelle forme au printemps des inflorescences de 4 m de haut qui se ressèment naturellement. Cette plante très spectaculaire supporte -3, voire exceptionnellement -5 °C. Sol acide, meuble.

Niché dans un endroit bien abrité de la côte atlantique, ce jardin accueille une multitude de plantes assez frileuses, en premier lieu l’euphorbe mellifère, très reconnaissable à sa grosse nervure centrale vert très clair. Cette vivace buissonnante originaire des Canaries dépasse 10 m dans son biotope. Elle supporte -8 °C. Au fond, les fleurs mauves de Geranium maderense. (Paysagiste Nick Williams Ellis)
Des grandes fougères arborescentes (Dicksonia antarctica) dominent le massif où l’exposition ombragée profite bien au Rodgersia aesculifolia dont les feuilles peuvent dépasser 50 cm de diamètre. Ici, pas besoin d’artifices, les plantes donnent le ton au décor. Rusticité : -7 °C.
En dépit de son nom vernaculaire, les pétioles fortement épineux de Gunnera manicata ne sont pas du tout comestibles. Mais les feuilles amples, qui peuvent mesurer 2 m de diamètre, rappellent la rhubarbe par leur forme. D’origine brésilienne, le gunnéra reconstitue toute sa partie aérienne détruite à la première gelée. C’est une plante de zone humide qui réussit très bien à l’ombre dense.
Ombragé par la frondaison d’un grand arbre, ce massif accueille en arrière-plan une belle touffe de bambous et le grand feuillage palmé de Fatsia japonica. La verdure opulente est illuminée par les Euphorbia griffithii ‘Fire Glow’ qui composent un joli camaïeu avec les fritillaires impériales. La grande densité des plantations renforce l’ambiance exotique.
À Menton, le jardin du Val Rahmeh accueille une collection exceptionnelle de plantes subtropicales. Sur un fond de Cordyline australis, ce massif de gingembre papillon (Hedychium coronarium) va porter de nombreuses fleurs blanches et très parfumées en automne. Le feuillage luxuriant assure l’effet exotique. Rusticité : -8 °C.
L’éclat du feuillage franchement argenté de Astelia chathamica ‘Silver Spear’ est renforcé par le tapis « chocolat noir » de Heuchera micrantha ‘Palace Purple’, et les arrière-plans du même ton formé par Cotinus ‘Grace’ et Phormium ‘Platt’s Black’. Une abondance végétale très réussie, qui conviendra fort bien à un jardin de style contemporain.
<<< Fatsia japonica
Appelé communément « aralia du Japon », cet arbuste jadis proposé comme plante d’intérieur se comporte fort bien dans un jardin abrité du soleil brûlant. Il atteint 3 m de haut et résiste à -15 °C.
>>> Melianthus major
Le feuillage glauque de ce sous-arbrisseau originaire d’Afrique du Sud gagne en intensité à mi-ombre. La plante prend un aspect encore plus étonnant en juin avec ses grappes rouge foncé.
<<< Tetrapanax papyrifera
Originaire de Chine, cet arbrisseau peu ramifié peut dépasser 4m de haut. Ses feuilles persistantes dépassent 50 cm de diamètre. Rusticité -3 à -4 °C, mais la souche repart.

Bénéficiant de l’ambiance rafraîchissante du point d’eau, la végétation prospère dans une fulgurance qui évoque les tropiques. Le bananier d’Abyssinie a besoin d’un endroit abrité pour éviter que ses feuilles ne soient lacérées par le vent. Le feuillage sombre et délicatement strié du canna prend plus d’intensité à mi-ombre. Une lumière tamisée met mieux en valeur les reflets métalliques de l’hosta et du mélianthus, tandis que la fougère arborescente profite de l’humidité ambiante qui lui est indispensable. Rusticité : -7 °C.
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